Haie vive et fleurie : remplacer sa haie de thuyas par des essences indigènes

Cyril Piette, arboriste fruitier chez Nature Lover

Cyril Piette, arboriste fruitier en Wallonie. Je plante et je taille des arbres fruitiers et des haies chez des particuliers et des agriculteurs : ce que j’écris ici, je le vis sur le terrain.

Ta haie de thuyas a pris un coup de chaud cet été ? Des plaques brunes, des trous, un côté qui ne repart pas… Et tu te demandes s’il faut replanter la même chose.

Je vais être franc : ces dernières années, je vois de plus en plus de haies de thuyas et de lauriers souffrir. Chez des clients, chez des voisins, le long des routes… (Une fois qu’on commence à les remarquer, on ne voit plus que ça, promis.)

Et à chaque fois, je me dis la même chose : c’est l’occasion rêvée de faire mieux. Une haie vive, fleurie, pleine d’oiseaux et de fruits, qui protège quand même des regards. Et qui ne te refera pas le même coup dans dix ans.

Dans cet article, je t’explique pourquoi les thuyas lâchent, quels arbustes indigènes choisir à la place, comment planter ta nouvelle haie étape par étape, et comment t’en occuper les premières années. Prêt ? C’est parti !

En bref : par quoi remplacer une haie de thuyas ?

  • Par une haie vive : un mélange d’au moins 5 à 6 arbustes indigènes différents, adaptés à ton sol et à ta région.
  • Et les vieux thuyas ? On arrache tout, souches comprises, et on repart de zéro.
  • Pour garder un écran en hiver : du houx, du troène, du charme ou du hêtre (ces deux derniers gardent leurs feuilles sèches jusqu’au printemps).
  • Pour les fleurs et les oiseaux : aubépine, prunellier, cornouiller, viorne, sureau, églantier.
  • Quand ? De novembre à mars, quand les plants sont au repos.
  • Comment ? Dans un jardin, une haie simple rang, avec un plant tous les 40 à 50 cm. Les haies en double ou triple rang, c’est plutôt pour les grands terrains et le milieu agricole.

C’est quoi, une haie vive ?

Une haie vive, c’est une haie composée de plusieurs espèces d’arbustes (et parfois d’arbres), plantées ensemble pour former une barrière vivante. On parle aussi de haie champêtre, de haie libre ou de haie diversifiée.

Tout l’inverse d’une haie de thuyas, de lauriers ou de photinias, faite d’une seule espèce. Dans une haie vive, chaque arbuste apporte quelque chose : des fleurs au printemps, des fruits en automne, des épines pour protéger les nids, des feuilles qui restent en hiver…

Et quand on choisit des essences indigènes, c’est-à-dire des espèces qui poussent naturellement chez nous, on a des plantes adaptées à notre climat… et toute la petite faune qui va avec.

Petite précision, parce que j’entends souvent la remarque : une haie vive, ce n’est pas forcément une haie « fouillis ». Elle peut être taillée bien droite, comme une haie classique. Ou laissée plus libre, si tu as la place. Ce qui change tout, c’est le mélange.

Pourquoi remplacer sa haie de thuyas (ou de lauriers) ?

Je ne vais pas diaboliser les thuyas. Ils ont été plantés partout pour une bonne raison : ils poussent vite et cachent bien. Pendant des années, c’était LA haie de lotissement. Mais ils ont de vrais défauts :

  • Ils supportent mal la sécheresse. Après un été sec, les haies de conifères brunissent par plaques.
  • Le brun ne repart pas. Le thuya ne refait pas de pousses sur le vieux bois. Un trou dans la haie, c’est souvent un trou pour toujours.
  • Une seule espèce, c’est fragile. Qu’une maladie ou un ravageur arrive, et c’est toute la haie qui y passe.
  • Peu de vie dedans. Pas de fleurs pour les insectes, pas de fruits pour les oiseaux.
  • Des tailles à répétition, sinon la haie devient vite un mur de plusieurs mètres.

Le laurier-cerise (laurier palme) a les mêmes limites, avec un défaut en plus : ses fruits, dispersés par les oiseaux, le font se ressemer facilement dans les bois voisins.

Tu l’as compris : si ta haie de thuyas souffre, ce n’est pas forcément ta faute (ni celle de ton jardinier). C’est le choix de départ qui pose problème : une seule espèce, pas taillée pour nos étés de plus en plus secs.

Quels arbustes indigènes choisir pour une haie vive ?

Voici les essences que je retrouve le plus souvent dans les haies que je plante en Wallonie. Le bon mélange dépend de ton sol, de ton exposition et de ce que tu attends de ta haie.

Arbuste En hiver Fleurs Ce qu’il apporte
Aubépine Perd ses feuilles Blanches, au printemps Épineuse : idéale pour les nids. Fruits rouges pour les oiseaux
Prunellier Perd ses feuilles Blanches, très tôt (avant les feuilles) Épineux, nourrit les premiers insectes. Prunelles en automne
Charme Garde ses feuilles sèches Discrètes Se taille très bien. Bon écran, même en hiver
Hêtre Garde ses feuilles sèches Discrètes Écran en hiver, belles couleurs cuivrées
Houx Persistant Discrètes Vert toute l’année. Pousse lentement
Troène commun Garde une partie de ses feuilles Blanches, parfumées, en été Bon brise-vue, adore les insectes
Cornouiller sanguin Perd ses feuilles (rameaux rouges) Blanches, fin de printemps Rameaux colorés en hiver, baies pour les oiseaux
Viorne obier Perd ses feuilles Grosses ombelles blanches Très décorative, baies rouges, aime les sols frais
Sureau noir Perd ses feuilles Ombelles blanches, début d’été Pousse vite. Fleurs et baies comestibles une fois cuites
Églantier Perd ses feuilles Roses sauvages, début d’été Épineux, cynorhodons pour les oiseaux (et les tisanes)
Noisetier Perd ses feuilles Chatons dès la fin de l’hiver Pousse vite, noisettes, se recèpe facilement

À utiliser avec prudence près des enfants et des animaux : le fusain d’Europe est très beau… mais toxique.

Mes conseils pour composer ton mélange

  • Au moins 5 à 6 espèces. Plus il y en a, plus ta haie est belle en toutes saisons… et plus elle résiste si l’une d’elles a un coup de mou.
  • Tu veux un écran en hiver ? Donne une bonne place au charme, au hêtre, au troène et au houx. Ce sont eux qui feront le travail quand les autres seront nus.
  • Mélange sur toute la longueur. Plutôt que des blocs de cinq aubépines puis cinq charmes, alterne les espèces. Ta haie sera plus homogène, et tu n’auras pas un « trou » d’un mètre en hiver.
  • Pense aux oiseaux. Quelques épineux (aubépine, prunellier, églantier) pour protéger les nids, et des arbustes à baies pour les nourrir en automne et en hiver.

Pour choisir les essences les mieux adaptées à ta commune et à ton sol, l’outil gratuit mahaie.be est une vraie mine d’or. Il couvre toute la Wallonie.

Et un peu d’exotique, c’est interdit ?

Pas du tout ! Je ne vais pas jouer au puriste. La base de la haie reste indigène : c’est elle qui nourrit la faune et qui résiste le mieux à notre climat.

Mais une haie, tu vas la voir tous les jours pendant des années. Alors il faut aussi se faire plaisir ! J’ai par exemple planté deux haies simple rang, brise-vue et biodiversité, avec des hibiscus, parce que le client les adorait. Bonus : ils fleurissent en fin d’été, quand la plupart des indigènes ont fini leur spectacle.

Je me réjouis de te montrer le résultat en photo très bientôt.

Branches de prunellier chargées de prunelles bleues dans une haie vive indigène en automne

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3 idées de haies pour remplacer tes thuyas

Pas de recette toute faite : chaque jardin est différent. Mais voici les trois haies que je propose le plus souvent quand on arrache des thuyas.

1. La haie brise-vue, même en hiver

C’est la demande n° 1 quand on arrache des thuyas : ne pas être vu. Je te comprends, personne n’a envie de prendre son café sous le regard du voisin. Mon conseil : une base de charme et de hêtre (qui gardent leurs feuilles sèches tout l’hiver), avec du houx et du troène pour le vert, et quelques aubépines pour la vie. Taillée une fois par an, elle forme un écran dense et naturel.

2. La haie fleurie et gourmande

Tu as un peu plus de place ? Laisse-la pousser plus librement : prunellier, aubépine, sureau, cornouiller, viorne, églantier, noisetier. Des fleurs du début du printemps jusqu’à l’été, des fruits en automne, et des oiseaux toute l’année. C’est la haie que je préfère (je ne suis pas très objectif, je sais). Tu peux même y glisser quelques petits fruitiers.

3. La haie basse, en limite de propriété

Près d’un voisin ou d’un trottoir, garde une haie simple rang de moins de 2 mètres, taillée : troène, charme, églantier, prunellier, viorne obier. Elle reste compacte, fleurie, et elle ne fera pas d’ombre à toute la rue.

Une haie persistante indigène, c’est possible ?

Soyons honnêtes : il y a très peu d’arbustes indigènes vraiment persistants chez nous (le houx et le lierre, principalement). Le secret, c’est de combiner du houx avec du charme et du hêtre, qui gardent leurs feuilles sèches jusqu’au printemps, et du troène, qui en garde une partie. Avec des plants bien rapprochés et une taille régulière, la haie reste opaque même en plein hiver.

Haie taillée ou haie libre : que choisir dans ton jardin ?

Là où il y avait des thuyas, on est presque toujours dans un jardin. Et dans un jardin, la vraie question, c’est la place que tu as.

  • La haie taillée prend peu de place en largeur et reste à la hauteur que tu choisis. C’est la bonne option le long d’une allée, d’une terrasse ou d’une clôture. En contrepartie, il faut la tailler chaque année, et tu auras un peu moins de fleurs et de fruits (on coupe une partie des rameaux qui fleurissent).
  • La haie libre demande beaucoup moins de taille et donne le maximum de fleurs, de fruits et de vie. Mais elle s’étale : il lui faut vraiment de la place.

Rien ne t’oblige à choisir pour tout le jardin. Une partie taillée près de la maison, une partie plus libre au fond : c’est souvent le meilleur des deux mondes.

Comment remplacer une haie de thuyas, étape par étape

  1. Tout arracher, souches comprises. Et quand je dis tout, c’est tout. Garder quelques « beaux » thuyas au milieu de jeunes arbustes, ça ne donne jamais rien de joli. On enlève tout et on recommence. Les souches de thuyas sont costaudes : selon la longueur, ça se fait à la main, avec une mini-chargeuse ou avec une rogneuse de souches. Et prévois l’évacuation, une vieille haie de thuyas, ça fait un sacré volume !
  2. Remettre le sol en forme. Après des années de conifères, le sol est souvent sec, tassé et plein de racines. On le décompacte en surface et on apporte du compost bien mûr. C’est une étape qu’on a envie de bâcler… et c’est une erreur : ta nouvelle haie va vivre là pendant des décennies.
  3. Planter entre novembre et mars. Comme pour les arbres fruitiers, c’est la meilleure période, en évitant les jours de gel et les sols détrempés (je t’explique tout dans Quand planter un arbre fruitier ?).
  4. Un seul rang, un plant tous les 40 à 50 cm. Dans un jardin, c’est largement suffisant. J’utilise des jeunes plants de 60 à 90 cm, à racines nues, en mélangeant les espèces. Pourquoi pas plus grands ? Parce qu’un jeune plant reprend beaucoup mieux qu’un gros sujet, qu’il coûte bien moins cher, et qu’il rattrape vite son retard. À cette taille, il est déjà assez haut pour être bien visible et ne pas se faire étouffer par les herbes.
  5. Pailler et protéger. Un bon paillage limite les herbes concurrentes et garde l’humidité. Et si les chevreuils ou les lapins passent par là, une protection n’est pas du luxe. Pour les premières années, c’est ta meilleure assurance.
  6. Tailler court, mais pas tout de suite. À la plantation, on ne taille pas : on laisse le plant s’installer. C’est après son premier été, quand il a bien repris, qu’on le rabat pour qu’il se ramifie dès la base. Oui, ça fait mal au cœur de couper un plant qui vient de pousser. Mais c’est le secret d’une haie bien fournie, sans trous en bas.

Simple rang, double ou triple rang ?

Dans un jardin, un simple rang suffit : une haie basse et taillée, ou un peu plus libre si tu as la place.

Les haies en double ou triple rang, plantées en quinconce, c’est pour les grands terrains, les prairies et le milieu agricole. Là, je laisse jusqu’à 70 cm entre les plants et 1,20 m entre les rangs.

Plantation d’une haie vive agricole en trois rangs, avec paillage, le long d’une prairie en Wallonie

Une haie agricole en trois rangs, le long d’une prairie. Dans un jardin, un seul rang suffit.

Pas envie de dessoucher toi-même ? Arrachage des thuyas, préparation du sol, plantation et protections : je peux m’en occuper.

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Et la patience dans tout ça ? Une haie vive bien plantée grandit vite. En quelques saisons, elle commence déjà à jouer son rôle d’écran. Et contrairement aux thuyas, elle s’améliore avec les années.

Les premières années : comment t’occuper de ta haie vive ?

Bonne nouvelle : une haie d’indigènes, une fois installée, se débrouille très bien toute seule. Mais les deux ou trois premières années, elle a besoin d’un petit coup de main.

  • Arroser pendant les sécheresses. La première année surtout, ses racines sont encore courtes. Un bon arrosage de temps en temps vaut mieux qu’un petit peu tous les jours.
  • Garder le pied propre. Les herbes sont les premières concurrentes de tes jeunes plants. Recharge le paillage quand il s’amincit.
  • Vérifier les protections. Un filet qui glisse ou une protection arrachée, et le chevreuil s’offre un buffet.
  • Remplacer les manquants. Il arrive qu’un plant ne reprenne pas. Pas de panique : on le remplace l’hiver suivant.
  • Tailler au bon moment. D’abord après le premier été, puis une fois par an, en dehors de la période où les oiseaux nichent.

Combien ça coûte ? Et y a-t-il une prime ?

Le prix dépend surtout de la longueur, du nombre de rangs et de la taille des plants. Je t’explique les ordres de grandeur dans Coût et prix de plantation d’une haie.

Bonne nouvelle : en Wallonie, la plantation de haies d’essences indigènes peut être subventionnée dans le cadre de Yes We Plant. Et ce n’est pas réservé aux agriculteurs : en zone d’habitat, la prime est possible dès 20 mètres de haie. Ta haie de jardin peut donc y avoir droit, à condition notamment de planter au moins 3 espèces indigènes, avec 70 cm maximum entre deux plants (mon standard en jardin, 40 à 50 cm, passe sans souci), et de l’entretenir sur 30 ans. Je détaille les démarches dans mon guide de la prime pour planter une haie.

Les règles à connaître avant de planter

  • Les distances par rapport à la limite de propriété. En règle générale, une haie qui ne dépasse pas 2 mètres peut être plantée à 50 cm de la limite. Au-delà de 2 mètres, il faut s’écarter de 2 mètres. Renseigne-toi auprès de ta commune, des règles locales peuvent s’ajouter.
  • Et surtout, pense à l’entretien. La loi fixe un minimum, mais reste pragmatique. Une haie plantée à 50 cm de la clôture, il faudra aussi la tailler côté voisin. Laisse-toi la place de passer, et pense à la largeur qu’aura ta haie adulte. Ton dos (et ton voisin) te remercieront. Et si tu n’as pas le temps de la tailler, je m’en occupe.
  • La période de taille. On évite de tailler entre mi-mars et fin août, pour ne pas déranger les oiseaux qui nichent dans la haie.

Questions fréquentes

Peut-on garder quelques thuyas dans la nouvelle haie ?
Non. Même si certains sont encore verts, garder quelques vieux thuyas au milieu de jeunes arbustes, c’est moche et ça ne fonctionne pas. On enlève tout et on recommence sur de bonnes bases.
Quel arbuste pour faire une haie rapidement ?
Parmi les indigènes, le noisetier, le sureau, le cornouiller sanguin et le charme démarrent vite. Plantés en mélange, un tous les 40 à 50 cm, ils donnent une haie dense en quelques saisons.
Quelle haie choisir pour avoir peu d’entretien ?
Une haie libre, qu’on laisse pousser naturellement, demande beaucoup moins de taille. Il faut simplement lui laisser de la place en largeur.
Combien de plants par mètre de haie ?
Dans un jardin, en simple rang : un plant tous les 40 à 50 cm, soit 2 à 2,5 plants par mètre. En double ou triple rang (grands terrains, milieu agricole) : jusqu’à 70 cm entre les plants et 1,20 m entre les rangs. Pour la prime wallonne : 70 cm maximum entre deux plants d’un même rang, et entre 70 cm et 1,50 m entre les rangs.
Peut-on planter une haie vive au printemps ?
Oui, jusqu’en mars, tant que les plants à racines nues sont encore au repos. Plus tard, c’est plus risqué : la haie devra s’installer en pleine chaleur, et il faudra beaucoup arroser.
Faut-il arroser une haie qu’on vient de planter ?
En hiver, la pluie fait généralement le travail. C’est la première année, pendant les périodes sèches du printemps et de l’été, qu’il faut surveiller.
Une haie vive attire-t-elle les insectes et les oiseaux ?
Oui, et c’est tout l’intérêt ! Fleurs pour les pollinisateurs, fruits et épines pour les oiseaux. Pour aller plus loin, tu peux aussi installer des nichoirs à proximité (je propose aussi des nichoirs prêts à poser).

Tu l’as compris : remplacer une haie de thuyas, ce n’est pas une corvée, c’est une belle occasion. Avec quelques bons choix au départ, tu gagnes une haie qui fleurit, qui nourrit les oiseaux, qui te protège des regards… et qui sera encore plus belle dans vingt ans.

Cyril Piette, arboriste fruitier chez Nature Lover, avec sa casquette Nature Lover

Ta haie de thuyas, on la remplace ensemble ?

Moi, c’est Cyril, arboriste fruitier en Wallonie. Je viens voir ton jardin, on choisit ensemble les essences, et je m’occupe de l’arrachage et de la plantation. Je t’aide aussi à voir si ton projet peut bénéficier de la prime.

On en parle autour d’un café ?ou appelle-moi : 0472 74 65 47

→ Découvrir la plantation de haies

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